Comment inscrire le béton dans une stratégie environnementale ambitieuse ?

Il y a quelques mois, Vianney Fullhardt était invité à partager avec les membres du SYNAD son retour d’expérience sur la transition écologique menée au sein d’Eiffage Construction. Il revient ici sur sa vision et ses principales attentes en ce qui concerne le matériau béton.

SYNAD

Quelles sont les objectifs d’Eiffage Construction en matière d’impact environnemental ?

VIANNEY FULLHARDT


Depuis 2019, le groupe Eiffage a fait un choix clair, celui de réduire son empreinte carbone interne ainsi que l’empreinte des projets qu’elle livre, pour contribuer à l’atteinte des objectifs climatiques européens.

Nous nous inscrivons dans la trajectoire à +1,5°C. Cela nous impose de réduire de 46% nos émissions internes et de 30% nos émissions de scope 3 sur la période 2019-2030. Cela peut sembler inatteignable et pourtant, nous maintenons ces objectifs car nous voulons autant que possible limiter les phénomènes irréversibles qui pourraient se déclencher avec un réchauffement au-delà de 2°C. En outre, la réduction du scope 3 de 30% est analogue à la trajectoire imposée par la RE 2020.

Depuis 2024 nous avons étendu notre plan d’action à la biodiverflosité car nous pensons que l’impact CO2 ne doit pas être le seul indicateur de performance environnementale. Nous commençons à suivre de plus près des indicateurs comme la contribution à l’épuisement des ressources naturelles ou encore les consommations d’eau. Nous mettons aussi l’accent sur l’économie circulaire via le réemploi, la réutilisation et le recyclage. Pour le nouveau siège de notre direction régionale Ile-de-France par exemple, une partie de la structure originelle du bâtiment a été conservée, ce qui représentait 900 t de matériaux.

SYNAD

Comment votre feuille de route se traduit-elle dans vos achats ?

VIANNEY FULLHARDT

La dimension environnementale est désormais aussi importante que les performances techniques et le prix dans notre analyse d’achat. En ce qui concerne les matériaux, nous portons une attention particulière sur les quantités achetées et leur poids carbone avec l’objectif de pouvoir suivre nos émissions de scope 3 quasiment en temps réel. Pour cela nous devons embarquer notre chaîne d’approvisionnement dans notre démarche. Notre principal outil à ce jour pour le faire est BlueOn, la première place de marché à données environnementales. Elle recense près de 100 000 produits avec une déclaration de performance environnementale individuelle. C’est une vraie locomotive pour la transformation de nos achats.

SYNAD

Quelle place le béton a-t-il dans cette feuille de route ?

VIANNEY FULLHARDT

Le béton est l’un de nos trois plus gros contributeurs carbone, avec le bitume et l’acier. Pour optimiser son impact dans nos projets, nous devons optimiser les quantités mises en œuvre autant que les formulations. Nous n’avons pas de dogme en ce qui concerne les modes constructifs, ils sont entièrement réétudiés à chaque projet. Nous prenons le meilleur de ce qui est disponible au moment où nous construisons un ouvrage. Avec les seuils à venir de la RE 2020, nous sommes attentifs quant aux produits proposés par le secteur du béton et de la préfabrication qui permettront de réduire l’impact carbone de nos ouvrages.

Pour vous donner un ordre d’idée, aujourd’hui chez Eiffage Construction, nous imposons, pour chaque classe de résistance de béton, un facteur d’émission moyen maximal annuel à respecter correspondant à 20% de béton bas carbone (CEM III-A) et 80% de béton standard (CEM II-A). Mais à terme, il faut viser un béton à zéro kilo de CO2, voire avec un impact carbone négatif ; cela ne semble pas complètement impossible si on se place sur un horizon à 10 ans.

Hors de cette trajectoire, le tout béton n’aura plus sa place ; on continuera à couler des fondations mais pour le reste on utilisera d’autres solutions. Chez Eiffage Construction, nous pensons mixité des matériaux et distribution du béton dans les différents modes constructifs. Il y a déjà des solutions qui vont dans ce sens en préfabrication, comme les dalles bois/béton par exemple.
Nous travaillons aussi sur le process de mise en œuvre pour le coulé en place, afin que le béton bas carbone ne soit pas trop défavorisé par son temps de décoffrage. Nous avons développé des banches chauffantes permettant d’utiliser les bétons bas carbone dans toutes les conditions, avec un décoffrage au bout de dix heures contre plusieurs jours si nous ne chauffons pas. Sur l’ensemble du cycle de vie, nous gagnons environ 30% sur les émissions carbone et 15% sur les consommations d’énergie

SYNAD

Quelles-sont selon vous les actions prioritaires à mener ?

VIANNEY FULLHARDT

Concernant le béton, nous avons deux objectifs principaux, sur lesquels nos équipes achats ne lâcheront pas. Le premier est de pouvoir reconstituer nos données carbone pour l’année 2019, afin d’avoir un point de référence fiable. Le second est de disposer d’un impact carbone à la toupie, disponible à la livraison, pour le coulé en place. Plus généralement, nous militons pour que les ACV réalisées sur les produits soient exhaustives et comparables. Il y a pour nous un vrai sujet d’amélioration afin que nous puissions suivre nos performances avec le même niveau de fiabilité dans tous les pays européens et sur tous les indicateurs qui nous intéressent. Aujourd’hui, même en France, nous avons encore beaucoup de mal à savoir si les produits que nous achetons ont un impact positif ou négatif sur la biodiversité.